Etude de l'état initial du Boiron de morges:

Problématique de la Truite en Suisse

La truite lacustre, Salmo trutta lacustris, est considérée comme une espèce fortement menacée au niveau suisse, en raison, notamment, de son mode particulier d'existence. Elle se reproduit dans les rivières, les jeunes y séjournent de 1 à 3 ans, avant de migrer dans le lac pour y grandir fortement. Ayant atteint la maturité sexuelle, les adultes quittent le lac et migrent à nouveau dans les rivières pour se reproduire. Ces migrations sont aujourd'hui fortement compromises, notamment à cause des nombreux obstacles construits dans les rivières : barrages hydroélectriques, seuils pour prises d'eau, etc. De même, la dégradation de la qualité de l'eau et du substrat de nombreux affluents compromet gravement les chances de réussite de la reproduction naturelle. La remontée s'étend généralement de mi-novembre à mi-février. Diverses études ont démontré que les truites revenaient régulièrement dans la même rivière, probablement dans celle où elles sont nées. La reproduction naturelle de la truite lacustre n'a cependant un succès relatif que dans un très petit nombre d'affluents. C'est pour pallier à ce manque de réussite de la reproduction naturelle que les autorités suisses et françaises ont mis sur pied depuis le début du siècle de vastes programmes de repeuplement. Ces programmes sont basés sur des mises à l'eau de jeunes individus élevés en pisciculture à partir d'oeufs prélevés sur des géniteurs sauvages capturés lors de leur migration hivernale. Malheureusement, en raison de la dégradation des affluents, ces mises à l'eau ne rencontrent qu'un succès mitigé à de nombreux endroits. Une renaturation de l'habitat permettrait donc, d'une part, de favoriser la reproduction naturelle de l'espèce et d'autre part, d'augmenter l'efficacité du repeuplement.

Objectifs concernant l'étude du Boiron de Morges:

Avant d'entreprendre des travaux de revalorisation, il était primordial, dans un premier temps, de déterminer de manière précise l'état initial de la rivière. Cette démarche visait deux objectifs :

a) Déterminer la capacité d'accueil actuelle de la rivière et son potentiel de géniteurs, afin de disposer d'un état de référence pour pouvoir estimer par la suite l'efficacité des travaux entrepris.

b) Définir les facteurs limitants actuels à l'établissement d'une population naturelle, afin de cibler les interventions à effectuer.

Pour mener à bien cette diagnose, l'Association a étudié les facteurs principaux suivants :

(1) Nombre de géniteurs fréquentant la rivière et obstacles à la migration

(2) Réussite de la reproduction naturelle

(3) Qualité physico-chimique des eaux

(4) Capacité d'accueil du milieu

A l'issue de cette première étape, il était possible de déterminer de manière précise les interventions à effectuer afin de revaloriser la rivière avec le maximum de chance de succès.

Migration des reproducteurs

Pour estimer l'effectif et les caractéristiques des géniteurs migrant dans la rivière, une trappe métallique a été mise en place près de l'embouchure chaque hiver de 1996/97 à 1999/2000.

Pendant le premier hiver, la trappe a été placée du 14 novembre 1996 au 15 mars 1997 au milieu de la rivière. Les poissons étaient guidés vers l'entrée par un système de rondins placés latéralement. En période de fortes crues, ce système s'est cependant révélé faiblement efficace, une partie des géniteurs sautant par-dessus les installations.

Chambre de capture. Illustration des problèmes de débordements.

Pêche électrique effectuée durant l'hiver 1996/97 pour attraper les géniteurs ayant échappé à la chambre de capture

Les poissons ayant échappés ont été capturés après chaque crue par pêche électrique dans le tronçon situé entre la trappe et la chute de la route suisse (infranchissable à l'époque pour la majorité des géniteurs).

Dès l'hiver 1997/98, le système a été modifié. La trappe a été placée, de fin novembre à fin février, latéralement, le long d'une berge et un système de grilles a été mis en place en travers de la rivière. Ce second système s'est avéré beaucoup plus efficace une fois les berges et le lit de la rivière stabilisés, bien que l'on ne puisse exclure qu'une partie des géniteurs aient néanmoins pu passer par-dessus lors des régimes de très fortes crues.

Chambre de capture mise en place dès l'hiver 1997/98

Manipulation des géniteurs après anesthésie

La trappe a été visitée chaque jour et les géniteurs capturés échantillonnés après anesthésie à la Benzocaïne. Chaque poisson a été mesuré (longueur totale), pesé (poids total), sexé et marqué (marque Carlin sous la nageoire dorsale). Des écailles ont été prélevées afin de déterminer l'âge des poissons.


Cliquez sur la photo pour découvrir le destin des individus marqués !

Après marquage, tous les poissons sont relâchés dans la rivière. Il est ainsi possible de déterminer le destin des poissons. S'ils sont capturés par les pêcheurs, le renvoi de la marque permet de déterminer leur migration. De même, s'ils remontent dans la rivière l'année suivante, ils sont à nouveau capturés, donc contrôlés une seconde fois dans les installations.

La plupart des mâles sont dans leur 3ème ou 4ème année, les femelles dans leur 4ème ou 5ème année lorsqu'ils migrent dans le Boiron. Du bord du Léman à Villars-sous-Yens, on trouvait, en 1996, 5 obstacles à la migration sur le cours du Boiron (voir carte). L'adaptation des obstacles à la migration des truites représente l'objectif prioritaire du plan d'action de l'ATL.

Succès de la reproduction naturelle

Des boîtes expérimentales contenant des œufs de truites fraîchement fécondés ont été placées en divers endroits caractéristiques de la rivière. Cette méthode a permis de définir le taux actuel de survie des œufs jusqu'à l'émergence des alevins en tenant compte de la qualité du lit de rivière et de celle de l'eau.

Actuellement, on peut estimer que, jusqu'au milieu du développement embryonnaire, le taux de survie des œufs est en moyenne de 80% dans le cours principal du Boiron et de 45% dans les affluents (Blacon, Blétru, Pontet, Irence). A l'éclosion, les taux respectifs sont de 30 et 12%. La qualité des eaux et du substrat des affluents du Boiron n'apparaît donc pas suffisante pour permettre un succès significatif de la reproduction naturelle. Tant que cette qualité n'est pas améliorée, il est inutile d'envisager de créer des frayères dans les affluents. Cela s'avère fort dommage, puisqu'en raison des caractéristiques hydrauliques de ceux-ci, le travail aurait été plus facile.

Qualité de l'eau

Des prélèvements d'eau ont été effectués, par ou en collaboration avec le laboratoire cantonal du SESA, aux différents points clés du cours d'eau principal et de ces affluents. Ces analyses ont permis d'identifier les 7 principaux rejets polluants dans le cours aval du Boiron. D'autre part, le Boiron reçoit également les rejets de divers STEP. Aujourd'hui cependant, la charge polluante représentée par ces rejets de STEP est mineure en comparaison de celle provenant des 7 rejets identifiés. Finalement, même en intégrant tous les rejets identifiés, on ne parvient pas à expliquer la qualité médiocre du Boiron à certains endroits. En conséquence, cela démontre que les rejets d'origine diffuse jouent également un rôle prépondérant dans la qualité générale des eaux de la rivière.

Une étude de la faune benthique (ensemble des animaux vivant dans le lit des rivières), effectuée en collaboration avec le Centre de la Conservation de la Faune, a permis de caractériser les eaux d'un point de vue biologique. En effet certaines espèces sont polluo-résistantes, alors que d'autres sont polluo-sensibles. La présence de certaines espèces permet alors de caractériser la zone. D'une manière générale, on note une sensible détérioration de la qualité des eaux de l'amont vers l'aval, notamment en raison des apports liés aux affluents. La qualité de l'eau du Boiron, sans être catastrophique, reste cependant préoccupante à certains endroits et à certaines périodes.

Capacité d'accueil de la rivière

Afin de déterminer la capacité d'accueil de la rivière, et d'estimer l'importance de la population piscicole en place, des pêches électriques sont effectuées 2 fois par an (juin-juillet, septembre-octobre) sur différents secteurs-clés de la rivière. Cela permet d'une part, de suivre le destin des poissons (chaque individu étant marqué) et d'autre part, de déterminer l'efficacité des mesures prises pour améliorer l'environnement de la rivière (évolution de la population avant/après la création d'une passe migratoire par exemple).

Au total, sur les 3 ans d'études actuelles, c'est 2060 individus qui ont ainsi été analysés (détermination de l'âge, taille, poids, migration, etc.). Les résultats montrent que le nombre d'alevins fluctue considérablement d'une année à l'autre. La création d'une passe migratoire au niveau de la route suisse a permis de multiplier la densité en alevins d'un facteur 2 à 6, selon les secteurs.

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